Secouru par un ange

Station Total, route de Bingerville. Entre « Après barrage » et le « Carrefour Faya ». Je m’arrête pour prendre de l’essence. Le voyant de la jauge de carburant est allumé. L’horloge de la voiture affiche 22h32. La journée a été harassante et je suis bien content qu’il n’y ait pas une longue file d’attente du côté des pompes à l’extrême droite. Juste un véhicule avant moi. À l’intérieur de la voiture, j’écoute de la musique, les mains tapotant sur le volant, la tête adossée sur le siège.

Deux minutes après, c’est mon tour. « Super 5000 francs », lancé-je à l’endroit du pompiste qui se trouve du côté co-pilote. « Compteur à zéro ! », crie le jeune homme vêtu de sa tenue rouge à l’effigie de la marque de la station. En moins d’une minute, le service est fait. Le pompiste rapproche la tête de la vitre. C’est l’heure de passer à la caisse. Je lui jette un sourire avant de plonger la main droite dans ma poche droite.

La main gauche dans la poche gauche. Je descends du véhicule pour être sûr que ce qui m’arrive en ce moment-là est juste un simple incident passager. Je fouille mes poches arrières. Je refouille toutes mes poches. Rien.

station total

Une file commence à se former derrière moi. Je demande au pompiste la permission de me garer près du « Shop », histoire de poursuivre les fouilles. Il me l’accorde. Il est lui-même un peu embarrassé. Je marmonne des choses en faisant avancer la voiture. J’allume tous les feux de cabines. Fouille et re-fouille. Mes poches. Mon sac à dos. Le dessous des sièges. La boîte à gants sous l’accoudoir. Aucune ombre d’un billet ou d’une pièce. La situation est plus que confuse. Le pompiste s’approche de moi. En le regardant marcher de ses pas feutrés et sa démarche radicale, je cherche dans ma tête la meilleure excuse ou le meilleur « Plan B » à lui proposer.

« Il y a ce monsieur qui a payé pour vous ! », me lance le pompiste avec un sourire qui cache mal la satisfaction de s’être fait payer. J’ai juste le temps de me retourner et apercevoir le sourire d’un homme à bord d’un véhicule de marque 406. Je n’ai pas le temps de lever la main pour lui dire merci. Ni même pour relever la plaque d’immatriculation. Il démarre aussitôt sans jeter un coup d’œil en arrière.

Il me faudra deux bonnes minutes avant de comprendre que l’orage est passé. Même après le départ de mon mystérieux bienfaiteur, je continue de fouiller mes poches et l’intérieur de la voiture. Convaincu que j’avais effectivement de l’argent sur moi. Finalement, je me résigne à comprendre que le pire est passé. Même si dans mon cerveau, les itinéraires s’entremêlent. Je ne comprends pas. Mais au fond, je suis profondément touché par le geste du quidam.

Je remonte à bord de ma voiture soulagé mais intrigué par cet homme. J’espère qu’il lira ce post un jour et se manifestera pour que je lui dise merci de vive-voix. Il y a encore des hommes bons et gentils dans notre monde. Des anges, en fait. Il y a un Dieu qui veille sur moi.

Crédit photo : Challenge.ma (archive utilisée à titre d’illustration)






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