Samatiguila, notre village !*

Il fait nuit. L’air est frais sur le chemin qui mène au village. 26 degrés ! Il n’y a pas beaucoup de poussières. Les pluies de la veille ont atténué la levée de sables, mais ont commencé à dégrader la route. Dans la nuit noire, notre voiture traverse la terre non bitumée. Parfois on entend des bruits de hiboux et des grillons, souvent des phares en face, nous indiquent que les motos sont « reines » sur la terre des Diaby869 kilomètres, 13 heures 30 de routes (depuis Abidjan) et  2 heures de pistes (depuis Odienné, la capitale de la région du Denguélé) à contempler les arbres et courts d’eau, les ponts de fortunes installés ça et là ; deux heures à croiser parfois des écureuils, des oiseaux de nuits… nous voici à Samatiguila.

Il est 21 heures. Le village est calme. Seules quelques voix s’élèvent. Une seule « voie principale » traverse la petite cité malinké. Les réverbères illuminent quelques étables abandonnés par les commerçants de jour.  Des moutons et des chèvres se partagent les principales routes qui délimitent les quartiers de la cité. Nullement inquiétés par les bruits de la voiture. Dans des endroits sombres, quelques personnes tentent de dévisager ces nouveaux venus. Ici, tout le monde se connait. « Lorsqu’un visiteur rentre au village, tout le monde le sait » rigole un habitué des lieux. Samatiguila By night. C’est  vite le dodo, en attendant de se lever tôt… très tôt.

Mardi au village

samatiguila5h 15 ! L’appel du muezzin pour la prière réveille même le boa le plus endormi. Dehors certains se pressent pour rejoindre la mosquée. D’autres s’installent sur les nattes dressées dans les cours familiales. Le Chef de famille en avant, et le reste de la famille derrière lui. Les femmes ferment la colonne de prière. « Allah Houakbar, Allah Houakbar », reprennent en chœur les fidèles. Debouts, les mains vers le ciel, accroupis, assis, courbés, le front contre terre. Les mouvements de cette prière matinale ressemblent à une chorégraphie savamment préparée et minutieusement répétée. Les mouvements sont synchronisés et les voix sont uniformes comme dans une chorale. « Ici la prière est essentielle. C’est comme l’eau et la nourriture, c’est nourrissant… pour notre âme » indique un Diaby venu nous accueillir. Les cinq prières de la journée sont exécutées avec une assiduité par cette population à 99,99% musulmanes.

samatiguila village La fin de la prière matinale, marque le début de la journée. Les femmes s’empressent de préparer le petit déjeuner. De la bouillie de mil ou de riz, ou de réchauffer le To (met fait à base farine de maïs) de la veille. L’eau est également sur le feu bois, pour permettre à la famille de prendre son bain matinal. Les enfants se préparent pour l’école. C’est mardi. Il y a cours dans tous les établissements scolaires de la ville. L’école primaire, le Collège Municipal… petits et grands s’empressent de s’y rendre. A côté de l’école coranique de Samatiguila, les parents inscrivent aussi leurs enfants dans le système éducatif classique.

Mardi, jour de classe, mais aussi jour de travail pour les fonctionnaires qui vivent et travail à Samatiguila. « La gendarmerie fonctionne bien » lance Mr Assi, le Commandant de Brigade. La gendarmerie, mais aussi la préfecture, la sous préfecture, le dispensaire et la mairie.

Mardi jour de travaux champêtre et de chasse et de pêche aussi. Des hommes à pied ou à vélo sont suivis par leurs chiens. Direction : les champs, pour cultiver l’igname, le maïs, et des produits vivriers. Certaines femmes ont des cuvettes sur leurs têtes et des nasses à la main. Elles vont chercher du poisson dans les cours d’eau rencontrés dans la brousse. Sur le chemin, on ne peut pas manquer l’odeur attirante des vergers. Un regard vers les manguiers « installés » ça et là, de belles mangues juteuses vous interpellent. Un coup de cailloux lancé, et voilà une qui tombe. Un coup de dents… dégustez ce fruit frais issu de la région. Ne vous en privez pas, c’est la période.  Une, deux, trois mangues ça permet de tenir avant le repas de midi.

Il est midi. C’est la pause. Et pour manger, pas besoin de dépenser beaucoup d’argents. Dans la ville quelques vendeuses sont installées. Du riz à la sauce arachide et du poisson ou de la viande. Ou de l’attiéké et du poisson frit. Ou alors dans le « Kiosque » (endroit où on prend du café) du village situé sur la voie principale, vous pourrez déguster du spaghetti au rognon, ou des omelettes et du pain pour accompagner un bon lait caillé. Mais en général, les Samatiguilakas (habitants de Samatiguila) préfèrent manger à la maison le midi. Ici, le repas se prend ensemble. En famille, les mains dans le même plats. Le chef de famille dans son fauteuil, les enfants de leurs côtés, les femmes dans leurs coins.

Le soir au village

prière samatiguila17 heures. Les élèves rentrent de l’école. Les cultivateurs aussi. Toujours suivis par leurs chiens. Les femmes commencent à allumer les feux pour la cuisson du grand repas du soir. La rue s’anime de plus en plus. Les gérants de « cabine » (box d’appel téléphonique et de vente de crédit d’appels) réalisent leurs meilleures ventes à partir de cette heure-là. « Le réseaux est plus stable le soir, et il y a plus de monde qui vient appeler » se réjouit Moustapha avec sa « cabine ambulante ». Alors que la nuit tombe et que les lampadaires s’allument, l’heure de la prière du soir se fait sentir. En l’espace de quelques minutes, les rues se vident. C’est chacun chez soi ou à la mosquée. Et juste après, certains préfèrent prendre le thé entre amis, d’autres regarder la télé, et pour d’autres encore c’est l’heure s’endormir… sauf une poignée d’individu qui se rendra dans le seul « maquis » du village. Lieu prisé par les fonctionnaires et autres visiteurs. Ici, on peut y manger du riz accompagné de sauce graine avec du gibier (phacochère, agouti, hérisson etc…). Il n’est pas impossible en toute discrétion d’arroser cette courte soirée avec un ou deux verres de bières ou du vin. Ensuite, il va falloir se coucher tôt, car le jour se lève vite à Samatiguila. Et c’est pareil tout le temps.

Crédit photo : Jacques Kouao & Israël Yoroba

*Cet article a été publiée pour la première fois le 29 mai 2012






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