Médias sociaux et forces de sécurité : Une cohabitation difficile mais nécessaire*

Le contexte actuel s’y prête. Les mouvements d’humeur de ces derniers mois en Côte d’Ivoire ont révélé encore un peu plus la difficulté des journalistes à traiter des questions militaires et plus globalement du secteur de la sécurité. L’information des armées se réfugient bien souvent derrière le vocable « secret défense ». Et les acteurs du secteur de la sécurité brandissent l’argument de l’impact que de telles informations peuvent avoir sur la population.

Sauf qu’on ne peut adopter une telle posture quand on sait que l’information aujourd’hui n’est produite ni par le journaliste, ni même pas les services de communication de la défense. Les populations sont désormais celles qui produisent et diffusent (en premier) l’information. Et ce grâce aux médias sociaux.

Les deux entités qui se disputent l’information se retrouvent coiffées au poteau par un simple post Facebook, un tweet ou un article de blog.

Sécurité et médias sociaux. Presque tout les oppose.

L’Institution (ou l’information) militaire est centralisée et hiérarchisée tandis que les médias sociaux fonctionnent de façon décentralisée et libre.

Les militaires traitent de choses discrètes voire secrètes pendant que les médias sociaux sont dans l’Open source, dans la démocratisation de l’information. Tout le monde a le droit et le pouvoir de diffuser toute information.

En plus, la grande muette ne se prive plus de parler « on line ». Les militaires ont désormais accès via un terminal, à ce monde de liberté d’informer. Une question : « Comment la grande muette adopte (et s’adapte à) la société de conversation et de l’interaction » ?

 Anatomie des médias sociaux.

Une petite définition s’impose. Récupérée sur les dictionnaires en ligne, elle indique que les médias sociaux « désignent généralement l’ensemble des sites et plateformes web qui proposent des fonctionnalités dites « sociales » aux utilisateurs :

  • Création collaborative de contenus (Wikis)
  • Échange d’information entre individus (forums, blogs ouverts aux commentaires…)
  • Partage de contenus (articles, photos, vidéos, messages…)
  • Réseaux sociaux ».

Une nuance s’impose néanmoins entre média social et réseau social.

Les médias sociaux désignent un ensemble de technologies, de contenus et d’interactions. Les réseaux sociaux, eux, rassemblent des groupes d’individus ou des entités qui sont reliés entre eux par des liens. Amis ou fans Facebook, relations LinkedIn, followers Twitter…

Une fois que ça s’est dit, il faut bien intégrer dimensions (parmi tant d’autres) des réseaux sociaux qui valent leur pesant d’or.

D’abord, les médias sociaux sont dans l’instantané. Aussitôt vous cliquez sur le bouton « publier », votre contenu est accessible par toute la toile.

Ensuite les médias sociaux ont levé toutes les barrières géographiques. On parle d’inter-territorialité. En les utilisant on s’affranchit des frontières. Aussi bien dans la production de contenu que dans la diffusion.

Un site web d’information peut avoir ses rédacteurs en Chine, son rédacteur en chef à Abidjan, son hébergeur en Russie et le nom de domaine en France. Et ce site est accessible de partout dans le monde… à priori.

Enfin l’interactivité. C’est d’ailleurs l’épine dorsale des médias sociaux. L’internaute n’est pas un simple spectateur. Il commente, partage, participe au débat. En somme, il est acteur.

Un instrument entre les mains des acteurs de la sécurité.

Mieux vaut « boire » le verre à moitié plein. Les réseaux sociaux sont une aubaine pour le secteur de la sécurité. C’est un espace pour tenir informés populations et journalistes. Mieux, il donne une voix plus « fun » à l’armée. Pour informer, oui, mais aussi rassurer. Surtout dans le contexte qui est le nôtre, il est d’une absolue nécessité de présenter un visage beaucoup plus poli et polissé vis à vis des citoyens.

Les médias sociaux peuvent également devenir un instrument de pédagogie. Histoire de mieux aider à comprendre le fonctionnement des entités liées au secteur de la Sécurité humaine. Enfin, les médias sociaux permettront de prendre rapidement en compte les requêtes des populations. La police nationale et le Groupement des Sapeurs pompiers le réussissent bien sur leur page Facebook.

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*Résumé de communication faite lors d’un atelier sur « le rôle des médias dans le contrôle de la Sécurité ». Avec l’appui du PNUD et l’UNESCO, ces assises se sont tenues du 8 au 10 mars 2017 à l’Hôtel Parlementaire de Yamoussoukro.






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