L’économie du partage selon ma mère #4

 Ma mère a cette folle habitude. Lorsqu’elle fait la cuisine, elle met toujours une part à côté. « On ne sait jamais, on peut toujours avoir un invité surprise », souffle-t-elle, alors qu’elle sert chaque personne de la maison. Et ce, quelle que soit la quantité. De sorte que si vous arrivez chez elle à n’importe quelle heure, vous trouverez de quoi à manger.

J’ai encore de bons souvenirs. On était encore enfants. A l’époque, lorsqu’on recevait un invité (même improvisé), elle lui donnait notre lit ; et nous, on devait prendre le plan B. La natte ou le salon. Bien sûr, on en était un peu frustrés. Parce qu’on ne comprenait pas pourquoi c’est « le visiteur » qui devait être bien servi et nous, « maltraités ». Elle nous faisait asseoir et nous disait. « Un jour, quelqu’un fera pour vous, ou pour vos enfants, ce que je fais pour les autres ».

En 2009, alors que je me prépare à aller en France, je dois faire une série de papiers en urgence. En 24 heures. Mes pas me conduisent à la Police du District de Cocody (Abidjan). J’explique ma situation à l’agent, à l’accueil. Ce dernier me conduit chez le « Sergent-Chef Homert » … Ce dernier me regarde longuement, sourit et, me lance : « petit Guébo, ça va ? ». Sur le coup, et la lumière sombre de son bureau aidant, j’ai du mal à reconnaître l’individu. « Assieds-toi », me lance-t-il. Je souris aussi, je le reconnais. Enfin !
Ce « policier » était notre voisin à Korhogo. Il vivait seul avec ses deux filles. Et bien sûr, ma gentille maman servait le repas en les y adjoignant.

Le policer appelle ses collègues. Il leur raconte mes frasques d’enfant (je vous l’épargne) et renvoie à mes souvenirs comment mes parents « s’occupaient » de lui … Prenant mon « problème » à bras-le-corps. La situation est aussitôt réglée. En 2 heures, j’ai tous mes papiers. Sans me déplacer. [Je m’arrêterai à cette histoire. Car je n’ai pas arrêté de vivre ce genre de situation, ces dernières années.]
Ce jour-là, j’ai compris la portée des paroles et actions de ma mère. « Le bienfait n’est jamais perdu ». J’ai aussitôt compris que dans mon engagement professionnel et d’entrepreneur, il ne faut pas avoir peur de partager. Même quand on a l’impression que ce sera vain. Ça ne le sera jamais !

Il nous faut cultiver une économie du partage. Un entrepreneur ne doit pas oublier qu’il n’y a pas que le Business. Dans l’économie de partage, on sème pour récolter dans la durée. Parfois sans le savoir. Les retombées sont inattendues. On sème pour nos enfants. Pour notre communauté. Pour notre pays. Pour l’avenir.
Au sein de la communauté web ivoirienne, il y a ces personnes qui ressemblent étrangement à ma mère. Qui donnent (tout) ce qu’elles ont sans attendre d’avoir des retours sur investissement. Du temps. De l’argent. De l’énergie. Elles-mêmes.

On pourra t’accuser de ne pas être un « vrai businessman ». C’est peut-être vrai. Mais ça, tu apprendras à l’être avec le temps. Au rythme des expériences et des erreurs. Mais ce que tu donneras à l’autre avec le cœur et sans rien attendre, tu le récupéreras. A coup sûr.
Ma mère avait raison quand elle citait ces paroles des Écritures :  » Jette ton pain à la surface des eaux, avec le temps tu le retrouveras ». C’est elle qui a tout compris. Superwoman, ma mère !






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