Le Quotidien des Capitales à Fraternité Matin (4) : Politique politicienne

Mardi. Il est 18H30. Je dois rejoindre le journaliste Pascal Soro du service politique, au siège du Parti Démocratique de Côte d’Ivoire (P.D.C.I.) qu’il connait parfaitement. Il a écrit jusqu’en 2005 pour le quotidien « Ivoire Matin » de « tendance PDCI » qui n’existe plus aujourd’hui. Sujet du jour : suivre  la nomination des candidats qui se présenteront aux élections municipales et régionales prévues en 2013. Le P.D.C.I. est un des plus vieux parti ivoirien. C’est Félix Houphouët-Boigny, président emblématique de la Coté d’Ivoire post-coloniale qui l’a créé. Je saute du taxi. Pas de chauffeur de « Frat’Mat » aujourd’hui. J’ai l’impression d’être en retard.

A l’entrée, il y a déjà beaucoup de monde dans les jardins. Des vieux, des jeunes, « sapés » chic,  directement sortis de leurs 4×4 de marques allemandes ou japonaises, trois téléphones à la main, l’air important à la clé. La tension est palpable. Je force le passage pour accéder à la salle du comité électoral. Celle où s’engagent des discussions internes autour des investitures. Les vigiles du parti refusent catégoriquement. J’explique que je suis le collègue de Pascal à Frat’Mat’. Le type en face à moi ne me prend pas au sérieux, méfiance vis à vis des non encartés que nous sommes (journalistes et sympathisants).

3 cigarettes, 2 coups de téléphones plus tard…On peut enfin accéder à un espace faisant office de salle de presse. Salutations. Tête à tête. Grands sourires. Les discussions fusent dans tous les sens. Impossible de comprendre ce qu’il se trame réellement. J’en profite pour zigzaguer entre les militants. Au bout de 15 minutes, un homme apparaît et annonce que les discussions en interne doivent reprendre. Avec Pascal, on doute que les nominations aient lieu aujourd’hui. Nous attendrons la fin de ces « palabres politiques » pour interroger quelques candidats et militants.

Comme prévu, personne n’a été investi. Les dirigeants ont simplement demandé à leurs candidats de faire campagne au nom du parti lors des municipales. Pour les régionales, ils feront liste commune au sein du Rassemblement des Houphouëtistes pour la Démocratie et la Paix (R.H.D.P.). Cette coalition réunit plusieurs partis représentant des tendances politiques différentes. Militants et candidats sont embarrassés. Manifestement, rien n’était prêt pour cette investiture. Nous repartons du siège autour de 21 heures. Pascal et moi sommes très mitigés sur ce ballet politique.

Le sentiment d’un grand cafouillage qui me fait penser à la vie des partis politiques français où la transparence n’est pas non plus la vertu première. Sauf qu’ici les journalistes ne sont pas autorisés à en rendre compte. Seule la parole officielle a le droit de citer. Dans le journal du lendemain, un quart de page est dédié à l’évènement. Le jour d’après, un autre article est publié sur trois colonnes. On y donne la parole à plusieurs militants. C’est le seul moyen d’expliquer les conditions réelles dans lesquelles s’est déroulée cette investiture manquée.

Texte et Photo : Camille Millerand

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