Le Quotidien des Capitales à Fraternité Matin : Episode 1

Vendredi 1er jour. Il est 14H30, l’info vient de tomber à la rédaction de Fraternité Matin. A 15H30, Madame Kandia Camara, Ministre de la santé et Madame Goudou Koffie, Ministre de l’éducation seront au C.H.U de Cocody. Elles rendent visite aux blessés du 1er janvier 2013. La nuit du réveillon a fini en drame national. Un mouvement de foule au Plateau, le quartier d’affaires d’Abidjan, n’a pas été anticipé par les autorités. Bilan : 60 morts, 43 blessés.

Depuis trois jours, la presse ivoirienne fustige le gouvernement, certains crient au complot national. Le lendemain du drame, trois blogueurs ivoiriens ont créé une plateforme web diffusant en temps réel la liste des personnes blessées et disparues. Via les réseaux sociaux, ils organisent une collecte de dons pour les familles meurtries. Le 3 janvier, deux de ces blogueurs ont passé une nuit à la Police Judiciaire. Elle leur a tendu un guet-apens. Certains ministres n’ont pas apprécié cette initiative populaire et spontanée. Le gouvernement a été pris de court.

Avec la journaliste du service « société », Marie-Chantal Obindé, on arpente, au pas de course, les huit étages du C.H.U de Cocody. Les couloirs sont bondés. Patients, personnel hospitalier, journalistes; le C.H.U. est pour quelques instants le centre du monde. Cette visite ministérielle intrigue. Nous arrivons dans la chambre. Celle où séjournent, depuis 3 jours, des enfants blessés par la bousculade. Les familles sont à leur chevet. Face à eux, une foule de médias. Les yeux boursoufflés, ces enfants sont pour certains les seuls rescapés de leur famille. L’ensemble de la presse est entassé dans cette chambre-témoin. On y flashe les ministres aux côtés des blessés. Paniers « gourmands » et enveloppes passent de main en main. Chaque ministre y va de sa petite phrase. Les patients sont encore sous le choc. Pris en tenaille entre journalistes et ministres, ils n’ont plus aucune intimité.

C’est mon premier reportage pour le journal. Marie-Chantal me demande de photographier une petite fille avec sa famille…Avec perfusion dans une main, cadeaux dans l’autre…Perdue cette petite fille a les yeux injectés de sang. Faire ces images me met mal à l’aise…l’atmosphère est étouffante. Il faut se faufiler entre les badauds venus filmer la scène à l’Ipad. Un des gardes du corps ministériel joue des coudes avec moi, je n’insiste pas plus. Il est temps que ça se termine. Le convoi « média-ministre » part pour la polyclinique, située à dix minutes du C.H.U. Les allées entre les lits se libèrent. Maintenant, il est plus simple de réaliser des images. Dans le couloir, Marie-Chantal questionne les médecins.

Coincés dans les embouteillages de 17H00, nous manquons la suite de la tournée ministérielle. Les confrères de Marie-Chantal lui racontent cette visite éclair. Il est 17H20, on rentre à la rédaction, l’article doit sortir demain. Je transmets une sélection d’images à Marie-Chantal, elle fera le choix de celle qui illustrera son papier. Il est maintenant 20H00.

Texte et Photo : Camille Millerand

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