Le Conseil national de la presse : Cécité calculée ?

À quoi sert le régulateur de la presse écrite en Côte d’Ivoire ? Cette question, je me la pose depuis ce mercredi 26 octobre 2016. J’ai attendu, en vain, que le Conseil national de la presse fasse un communiqué pour, a minima, rappeler à l’ordre le quotidien Le Patriote. À défaut de le sanctionner.

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J’ai été choqué par cette Une qui apparaît clairement comme une incitation à la haine en ces heures où certains prônent « la réconciliation grâce à la nouvelle constitution ». Ce genre de Titre ne devrait plus se lire en Côte d’Ivoire. Quelle que soit la couleur du journal. Quel que soit le bord qu’il soutient.

Notre rôle, nous les journalistes, est de donner l’information. Une information vérifiée, recoupée et dont l’opportunité de diffusion a été mûrement réfléchie. Notre rôle est aussi d’être des acteurs de paix. Qu’un journal ait une couleur politique, c’est son droit. Il faut bien (sur)vivre. Mais, rien ne justifie de profiter de son audience pour proposer de telles Une qui ont pour résultat de monter un parti contre un autre, une population contre une autre.

Et le mutisme retentissant du Conseil national de la presse est encore plus choquant. Lui qui, d’habitude, sanctionne promptement et vigoureusement certains journaux un peu éloignés du pouvoir en place. À défaut de condamner Le Patriote à payer une amende et à ne plus paraître pendant un certain temps, le CNP aurait dû, au moins, interpeller les responsables de ce quotidien. Juste pour le symbole. Juste pour le modèle d’impartialité qu’il devrait incarner.

Laisser « trainer » de telles affirmations à la à la « première de couv » d’un journal sans lever le petit doigt est un scandale. Un scandale. Un scandale… C’est la porte ouverte à toutes sortes de dérives encore plus graves qu’on ne lise déjà.

Si on n’a pas le courage d’interpeller un journal (même proche du pouvoir), c’est qu’on ne mérite pas le titre de « régulateur ». Parce qu’en la matière, la sanction ne devrait pas avoir de couleur. Dans un monde idéal en tout cas.

Billet de mémoire :

(…) « Et quand l’on va dire qu’ils (les journalistes, ndb) sont tout, sauf professionnels, qu’ils sont aux ordres des hommes au pouvoir, qu’ils sont plus soucieux de leurs poches et de leur ventre, ils vont pleurnicher sur tous les toits et dire que nous ne sommes pas confraternels. » (Raphael Lakpé (cf Photo de Une, actuel Président du CNP) in La Voie, lundi 11 mai 1992, page 3).

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