Jeux olympiques 2016. Deux médailles, est-ce suffisant ?

Rio 2016, c’est fini. L’heure est au bilan et au classement. Les grandes nations comme les Etats Unis, la Chine ou encore la Grande Bretagne raflent médailles sur médailles. Les Etats Unis viennent en tête avec 121 médailles et sont suivis par la Grande Bretagne avec 67 médailles et la Chine qui en totalise 42.

L’Afrique, avec 11 nations sur 54, a obtenu quelques médailles. 45 en tout. Avec en tête le Kenya (13 médailles), l’Afrique du Sud (10 médailles), l’Ethiopie (8 médailles), l’Égypte (3 médailles), la Tunisie (3 médailles), l’Algérie (2 médailles), et la Côte d’Ivoire : « deux médailles ! ». Deux médailles historiques, suffisantes pour être célébrées en grandes pompes.

Et dans les médias locaux, on se dit « très fiers » de cette « 4e place africaine » et de ce « 51e rang mondial ». Un journal va jusqu’à écrire que la Côte d’Ivoire a réalisé « une performance ».

Je suis toujours mal à l’aise avec cette façon de se contenter et de célébrer les résultats médiocres. 12 athlètes et 2 médailles. Soit 12% de taux de réussite. Et on est heureux et fier.

Oui, de façon individuelle, trois athlètes ont fortement brillé. Cheick Cissé, médaillé d’or et Ruth Gbagbi, médaillée de bronze… mais aussi Marie Josée Ta Lou, double finaliste aux 100 et 200 mètres dames. Ils sont à féliciter, à encourager. Car leurs succès valent leur pesant d’or… ou de bronze. Mais tout de même !

La performance générale de l’équipe ivoirienne devrait au contraire attirer notre attention sur les causes de ces échecs à répétition et sur le fait que nous ne nous en sortons qu’avec 2 médailles olympiques, 32 ans après. 32 ans à courir, à sauter, à lutter, à nager après des médailles. 32 ans où finalement, les sports dit mineurs ont été relégués au deuxième voire troisième plan.

Les nouveaux pères !

Qu’ils sont tout sourire, les papas de nos deux médailles, qui lancent fièrement à coup d’interviews : « c’est un bon résultat ». Mais non, ce n’est pas un bon résultat, justement. Et cette contre-performance n’est pas imputable aux athlètes.

J’ai encore en mémoire l’appel lancé par Marie Josée Ta Lou sur sa page Facebook. Elle demandait de l’aide. Elle qui parfois, a fait des voyages, par la route. Elle s’est entrainée avec les moyens de bord. Je ne parle même pas des autres athlètes moins connus qui « ont fait (avec) ce qu’ils ont pu ».

Comment espère-t-on obtenir de bons et grands résultats, si notre rôle est uniquement cantonné aux festivités et à se faire un nom sur le dos des athlètes qui portent sur leurs corps, le poids du manque de préparation et des conditions difficiles ? Comment peut-on se comparer aux athlètes mondiaux, quand les infrastructures manquent… cruellement ?

Applaudir notre « 4e rang africain », c’est faire la politique de l’autruche face à l’abandon des athlètes de la part de l’Etat. Quand une nation veut se mesurer à d’autres nations, elle y met les moyens, elle met ses gladiateurs dans les conditions de préparation internationales. Elle ne se contente pas d’entraînements bricolés dans les quelques stades abimés d’ici.

Qui veut aller loin, ménage… ses athlètes.

Cisse getty image

Quand on a de grandes ambitions, on ne se réjouit pas d’être 51e. Passé l’instant de la victoire, on se remet en cause pour préparer les prochains challenges et doubler, tripler… quintupler les médailles… arriver au sommet en Afrique et au moins dans le top 10 mondial. Cela signifie susciter, former et encadrer de nombreux athlètes dès la base. Ensuite, se donner les moyens d’envoyer un maximum d’entre eux se mesurer aux autres nations.

Quand on veut être parmi les meilleurs, on ne prend pas les deux petites médailles pour tenter de cacher les manquements et les détournements au sein de certaines fédérations. On ne prend pas les victoires individuelles pour tenter de camoufler la mauvaise politique de l’Etat vis à vis des sports mineurs.

Pour certains petits esprits, « on peut se contenter de ces résultats ». Ils ont vite fait de les reverser au bilan « positif » ( ?) du président de la République. À la place de celui-ci, j’aurai le triomphe modeste et je prendrai des mesures (oui oui, des mesures) pour améliorer les performances de nos athlètes.

Alassane Ouattara, apprend-t-on, recevra les médaillés ivoiriens à Paris ce samedi 28 août 2016. (Mais pourquoi à Paris ? Bon, c’est un autre débat). C’est bien. Mais, il faudra aller plus loin. Repenser et repanser profondément la politique de financement et d’encadrement des sportifs ivoiriens. Si on ne peut pas le faire, ou si on n’a pas envie de le faire, laissons ceux qui se battent au quotidien auprès de nos « artistes », jouir de ces médailles. Quant à nous, taisons-nous et faisons profil bas.






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