Illimitic de Meiway : voyage musical en profondeur

Près de 3 décennies de carrière. Et un 14e album qu’il vient de sortir. À 54 ans, Frédéric Ehui signe sa marque. Celle d’un artiste complet et accompli. Cet album, Meiway lui-même l’a arrangé. Illimitic. C’est le titre qu’il lui a également donné. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que cette œuvre accroche dès les premières écoutes. De la musique, du rythme et des messages. Scanner.

« Illimitic ». Comme une inspiration illimitée à travers les temps et les âges. Frédéric, dans une symphonie en 16 actes, montre et démontre qu’il reste le maître du Zoblazo. Le style de musique qu’il a créé et qu’il a emmené avec lui à travers le monde. Et pour répondre à ceux qui lui reprochent de s’éloigner du Zoblazo originel, Meiway répond par des titres comme « Awoh » ou encore « No ». On retrouve avec joie les sections cuivres, les phrasés, les syncopes ou encore les jeux de basse en continu qui rappelent un certain « Appolo 95 » ou encore « Golgotha ».

Comme on le lui reconnaît, le musicien revisite des rythmes d’ici et d’ailleurs. Ici, c’est le « Lékiné » qui est mis en exergue. Un rythme de l’ouest de la Côte d’Ivoire. Et il chante en … Guéré (ethnie de ladite région). Un pur délice.
Ailleurs, Le « Professeur Awôlôwô » nous trimbale au Togo. Et pourquoi pas un peu de techno avec « Tchié ». Un titre qui pourrait s’exporter facilement et être jouer dans les bars de l’hexagone.

Entre blagues et piques

Illimitic, c’est aussi et surtout des blagues, des répliques ou des piques.
Acte 1 : « Petit Kakaba ». Petite réponse au chanteur coupé décalé Debordo Leekunfa qui avait chanté « Les vielles personnes, quittez ! ». « Les Touts petits, au lit ! », répond le patron du Zogang (l’orchestre qui l’accompagne). « C’est une réplique fraternelle pour rappeler aux plus jeunes le respect des ainés », lance-t-il dans une interview. Il avoue d’ailleurs s’être « un peu inspiré de Debordo Leefunfa » qu’il dit « beaucoup » aimer.

Autre chanson. Autre blague. En chantant « Perdu est mieux » Meiway ramène au goût du jour cette blague amicale qui laisse entendre que les Wôbês et les Guérés (ethnies de l’ouest de la Côte d’Ivoire) seraient des cannibales. Plutôt se perdre en brousse que se retrouver dans un village de cette ethnie.

Dernière pique qui risque d’être beaucoup plus à polémique, c’est le titre « Bipoya ». Anagramme presque facile de Yapobi, patronyme du président du comité Miss Côte d’Ivoire (COMICI). La chanson commence par « Tremblez les femmes (…) tremblez les miss, l’abuseur arrive ».
Petit rappel. En 2014, au terme de la finale du concours Miss Côte d’Ivoire, la mère d’une miss accuse Yapobi d’avoir « abusé » d’elle. Autrement dit d’avoir couché avec elle en lui promettant que sa fille serait élue. La scène filmée a fait le tour du web et le « père » des miss montré comme un « abuseur ». Sur illimitic, Meiway en rigole. « Bipoya est petit, mais il très vaillant. Les miss, cachez-vous… Bipoya arrive ».

Bassam Forever

« Edja ». C’est le titre consacré à la cité balnéaire. Grand Bassam y est psalmodié, présentée. Meiway incite le monde à revenir. La fanfare l’accompagne. Caisse claire, grosse caisse, cymbale, trompette, trombone, tuba… et les voix. C’est certainement le générique du prochain Abissa (fête locale de Grand Bassam). D’ailleurs, le clip de la chanson est suffisamment explicite.

Un peu de douceur et de tristesse

J’ai eu un faible pour « Shut up ». L’artiste y chante uniquement avec une guitare qui sanglote en dessous. Pareil pour « Bye Bye », une chanson hommage à François Konian. Homme de culture disparu il y a quelques mois à Abidjan. « Blagué tué » est moins triste. Il incite à l’amour sur un air de Zouk.

Parcourir les 16 titres de « Illimitic », c’est se balader d’un pays à un autre, d’une ville à une autre, d’une histoire à une autre, d’un rythme à un autre. Sans bouger de son siège, laissant ses oreilles franchir, sans visa, toutes les frontières musicales qui s’ouvrent chanson après chanson.






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