Danané : comment j’ai vécu le festival de promotion des AGR

Du 23 au 25 février 2017, je me suis rendu à Danané, à environ 625 kilomètres dans l’ouest de la Côte d’Ivoire. J’étais l’invité d’honneur de la 4e édition du Festival de Promotion des Activités génératrices de revenus (FEPRO-AGR). Un événement autour du secteur agricole organisé par l’ASBL KOUADY. Une organisation à but non lucratif. Ce voyage enrichissant a été une occasion de (re)découvrir le « pays profond », de rencontrer d’autres jeunes engagés et de toucher du doigt les réalités que nous oublions parfois. Debrief.

Ce rassemblement international à Danané en est à sa 4e édition. Les 3 premières se sont tenues à Man (à une cinquantaine de kilomètres de là). Dans un souci de décentralisation et pour toucher le maximum de personnes dans la région du Tonkpi, l’édition 2017 a été (trans)portée à Danané. Ledit festival vise à « favoriser un engagement véritable des jeunes dans la recherche de solutions aux nombreux défis auxquels l’emploi des jeunes et l’agriculture sont confrontés ».

À la salle des fêtes de la mairie de Danané, les discussions, les débats et présentations ont tourné autour de « L’agripreneuriat des jeunes face aux défis de l’insécurité alimentaire en Afrique ». Il s’agissait pour les organisateurs de réfléchir à comment le secteur agricole actuel peut (enfin) favoriser l’autosuffisante alimentaire.  Une bonne occasion de mettre en lumière les activités en zones rurales, mais aussi d’attirer des investisseurs et des acheteurs.

La première journée a été essentiellement consacrée à des communications de motivation et de sensibilisation à l’entrepreneuriat.

La deuxième journée était plutôt axée sur du coaching individuel pour les jeunes et les femmes porteuses de projets d’agriculture et d’élevage. L’idée était aussi de leur proposer de nouvelles réflexions, de nouvelles pistes, mais aussi leur donner des contacts qui pourraient les aider.

La dernière journée a servi à montrer des modèles de réussite agricole dans d’autres régions de la Côte d’Ivoire. Les populations ont été invitées à travailler en réseau et à « sortir de l’attentisme ».

De tous les entretiens que j’ai eus, je me suis rendu compte que beaucoup d’agriculteurs ont des productions mais n’ont pas d’acheteurs. Cela pour deux raisons principales : Danané est loin d’Abidjan. Cette distance est un handicap en terme de circulation de l’information. Quand je pense qu’à Abidjan, on « souffre » de pénuries de manioc, alors qu’à l’ouest il y a des tubercules qui pourrissent. Il faut que l’information circule.

La deuxième raison (la plus importante à mon sens) est que les producteurs eux-mêmes ne vont pas à l’information. Petite anecdote : je me suis lié d’amitié avec le vendeur d’un kiosque à café. Il m’expliquait être régulièrement en rupture de tomates, d’œufs, de viande, etc.

Si les producteurs de produits vivriers et éleveurs faisaient aussi une démarche marketing, ils écouleraient leurs produits. « La demande est forte ici à Danané », a révélé un des participants en invitant les jeunes et les femmes à ne pas rester uniquement des « planteurs ». « Adoptez la méthode FAC. Famille, amis, connaissance. Parlez-leur de vos produits, vous trouverez des clients pour les écouler », leur a-t-on recommandé.

Autre solution. La transformation. Ces producteurs devraient y songer. Les invendues pourraient être transformer en pâte ou en farine.

La dernière journée a permis de mettre en commun toutes ces propositions que les populations rurales de Danané (et de la région du Tonkpi plus généralement) pourraient appliquer.

Mon coup de Cœur !

Je finis mon debrief sur un projet que j’ai découvert. La Grainothèque. En quelques mots, c’est une sorte de bibliothèque pour semences agricoles. Elle est gérée par Daniel Oulaï, un jeune passionné d’agriculture saine (sans ajout chimique). J’ai retenu que la grainothèque a 3 axes.

D’abord, le troc : tu apportes une semence à la grainothèque et on te donne une autre que tu n’as pas. Ensuite, le prêt. Par exemple, on te prête 10 kilos de riz que tu devras rembourser en 15 kilos à la récolte. Malin !

Enfin, le deal. Lorsque les récoltes sont abondantes, la grainothèque rachète le surplus de certaines productions et les conserve dans son « grenier ». En période de pénuries, la grainothèque approvisionne le marché.

Après une année pilote, le projet rentre dans sa phase active dès cette année 2017.

En conclusion

Le Fepro-AGR a permis de créer un lien entre Abidjan et Danané, mais aussi entre les villes de la région. Apprendre, comprendre et partager les expériences. L’édition 2018 se tiendra à Danané. Ainsi en a décidé le tirage au sort, lors du gala de clôture.






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