Air Côte d’Ivoire, le déclin ?


Elle est loin, bien loin, cette époque où Air Côte d’Ivoire était fréquentable et recommandable. Deux ans après son vol inaugural, la compagnie aérienne ivoirienne bat de l’aile, et a du mal à tenir ses promesses distillées à coup de campagne de pub : « Notre Plus beau voyage, c’est vous » est en train de se transformer en « votre pire voyage, c’est nous ». Retards. Annulations. Mauvais traitement des voyageurs. Mise en lumière d’une compagnie surnommée désormais « Air Inch’Allah ».

Ma dernière expérience avec Air Côte d’Ivoire remonte à ce dimanche 28 décembre. Départ d’Abidjan pour Ouagadougou : « 12 :35 ». Je suis déjà habitué aux retards de cette entreprise. Mais, j’arrive quand même à 10 heures. Je ne suis pas tellement surpris de voir, affichés sur le tableau, les nouveaux horaires : « 16 :00 ». L’agent de comptoir me le rappelle : « C’est à 16 heures hein ! ». Je le regarde sans savoir trop quoi lui répondre. « Vous devez être ici 15 : 15 pour l’embarquement ! » insiste-t-il. Je n’ai même pas la force de lui répondre. Finalement le vol partira un peu après minuit.

Cette situation, je l’ai vécu je ne sais plus combien de fois. Et, je ne suis pas le seul à avoir subi la « nouvelle tendance d’Air Côte d’Ivoire ». Encore faut-il s’estimer heureux que le vol parte. «  Mon vol a été purement et simplement annulé. C’est à l’aéroport qu’on m’a informé » me racontait un de mes amis. Il était au départ de Yaoundé.

Retard et annulation. La ligne est parfois mince. 11. 12. 13 voire 15 heures de retard. « Ce n’est plus un retard quand ton vol prévu pour midi, décolle à 1 heure du matin » rigole un de mes voisins de voyage. Mais la compagnie semble s’en moquer. Elle donne l’impression d’avoir trop de destinations et pas suffisamment d’avions.

Comme dans un Gbaka !

aircigbaka

Quand vous parvenez à embarquer, estimez-vous heureux. « Je suis arrivé au comptoir pour l’enregistrement, on m’a laissé entendre qu’il n’y a plus de places. J’ai d’abord sourit pensant à une blague. Mais, c’était vrai. Il n’y avait plus de place à bord de mon vol. On m’a demandé de revenir le lendemain, pour espérer avoir une place. J’ai beau crier, ça n’a rien changé » témoigne David Y, journaliste.

Il n’est pas le seul. C’est presque devenu une règle chez Air Côte d’Ivoire. La Compagnie vend plus de tickets que de places. Du coup, « premier arrivé, premier servi ». Pour les autres, repasser un autre jour. Comme dans un Gbaka : ces mini-bus de transport interurbain abidjanais, où les sièges ne sont pas numérotés, et où on roule au nombre de places occupées.

En principe, quand on achète un ticket, c’est qu’on a droit à une place. Non ? Dans toutes les compagnies, ça marche comme ça, sauf celle de la Côte d’Ivoire.

En général, c’est une fois arrivé à l’aéroport que vous êtes prévenus que votre vol est annulé ou a du retard.

Les conséquences sont parfois immenses. Des personnes en correspondance qui voient tout leur circuit chamboulé. Des passagers qui sont obligés de dormir à l’aéroport (où dans certaines capitales, les commodités laissent à désirer). Je ne parle même pas de ces rendez-vous qui sont à l’eau parce qu’un avion a pris du retard …

« Dans pain »…

 dans pain« Être dans pain » est une expression populaire en Côte d’Ivoire pour dire qu’on est dans le pétrin, dans une situation embarrassante. Et bien, avec Air Côte d’Ivoire, cette phrase prend son sens littéral et perd son côté rigolo. Aux voyageurs qui ont de longues heures de retard, la compagnie leur propose un ticket qui donne droit à « du pain et une boisson ». Pour 11 heures de retard sur un vol Dakar-Abidjan, j’ai eu droit à cette « collation ». Une compensation, devrais-je dire. Un sandwich au thon et une boisson gazeuse pour tenir 11 heures. Foutaise ! Et encore, je ne l’ai expérimenté qu’à Dakar. À Niamey par exemple, (pour 5 heures de retard) c’est au voyageur de « se débrouiller ». Aucune prise en charge n’est prévue en journée, comme on le ferait dans une compagnie qui se respecte. La galère assurée.

Si vous êtes dans une ville où vous ne connaissez personne, vous allez comprendre toute l’essence du mot « ennui ». Pas d’internet. Pas de prise pour brancher téléphones et ordinateurs. Vous voilà livré à vous-mêmes. À regarder les passagers d’autres compagnies partir. Si vous avez un creux, il y a des petits café à l’intérieur de l’aéroport, où les prix sont multipliés par 5 voire 10. Vous êtes dans pain !

Combien de personnes ont libéré leurs chambres d’hôtel pour se retrouver à squatter les chaises en aluminium qui servent à attendre dans les aéroports ? Des SDF d’un genre nouveau.

Il serait tellement simple pour Air Côte d’Ivoire de prévenir ses clients. Ça permettrait de limiter les dégâts.

A l’évidence

De toutes ces expériences, il est apparent qu’il y a un profond malaise au sein de la flotte Orange Blanc Vert. Je ne sais pas exactement à quel niveau. Mais, rien ne va. Les retards et annulations sont devenus la règle. Le service à bord n’a plus le même standing qu’il y a deux ans. Air Côte d’Ivoire, de mon point de vue, a voulu tenir la tête de leader en ouvrant plusieurs destinations. Hélas, sa flotte n’est pas capable d’assurer. C’est, parfois, le même avion qui relie plusieurs capitales. L’ouverture des lignes internes n’a visiblement pas arrangé les choses. Air Côte d’Ivoire va mal. Elle se comporte comme une compagnie qui est en fin de règne. C’est dommage !

Quelques recommandations

si vous êtes contraints de voyager sur Air Côte d’Ivoire.

1 – Appelez toujours avant de vous déplacer vers l’aéroport.

2 – Rendez-vous à l’aéroport au moins 3 heures avant l’heure de départ initial. Au moins vous aurez de la place, même si le vol est reporté.

3 – Prévoyez au moins un livre. Un gros livre.

4 – Si on vous annonce que votre vol est retardé, annulé ou qu’il n’y a plus de place. Ne criez pas. Ne Faites pas de scandale. Ça ne servira à rien.

5 – Prévoyez toujours un plan B quand vous quittez l’hôtel pour l’aéroport. Si possible, faites-vous accompagner par quelqu’un qui a toute la journée à perdre avec vous.

6 – Ayez une connexion mobile sur vous. Ça permettra de prévenir vos proches que votre vol ne sera pas à l’heure. (c’est utile quand vous devez, par exemple, atterrir à 4 heures du matin, alors que quelqu’un devait venir vous chercher à 18 heures la veille).

7 – Partagez votre témoignage.

Personnellement, autant que j’aurai le choix, je ne prendrai plus cette compagnie. Elle ne fait plus la fierté de la Côte d’Ivoire. Les parachutes affichés sur sa dernière campagne de pub sont certainement un signe prémonitoire pour dire que Air Côte d’Ivoire a besoin d’être sauvée. Sinon, bonjour la catastrophe. D’ici là, je vous déconseille fortement de prendre Air Côte d’Ivoire. En espérant que, d’ici là, les choses se rétabliront, Inch’Allah !

Ma note :  06/20

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