À Mickaëlle. Lettre pour un retour au pays natal.

 

Ma très chère Mickaëlle,

J’ai appris que tu es de retour au pays. 18 ans après être partie. Tu vois, des choses ont changé. Beaucoup changé. Je suis sûr que tes premières semaines ont été un choc. Ça m’a fait le même effet. On en parlera de vive voix. Ce n’est pas pour ça que je t’écris.

J’ai appris que tu reviens t’installer définitivement et lancer ton business. Je suis heureux pour toi. Tu sais, lancer une entreprise, c’est chercher à créer de la richesse, faire du chiffre, créer de l’emploi. Tiens, créer de l’emploi. Cela sous-entend payer des personnes qui travaillent pour/avec toi. Des personnes sur qui comptent des familles.

Je te sais affable, sensible et gentille. Un peu trop, parfois. Et, bien souvent, cela emmène à laisser ses sentiments prendre le dessus sur des principes de base en matière de business. Sur la base de mes expériences, je vais te donner un ou deux tuyaux pour que tu avances plus vite et que tu évites certains pièges. Ce n’est pas exhaustif, ni dogmatique. Mais, ça pourra t’aider.

Amis, d’accord. Mais, clients et partenaires, d’abord.

De nombreuses personnes, au nom de liens amicaux, religieux, communautaires ou autres, vont te solliciter pour réaliser un travail, exécuter une tâche nécessitant tes compétences. « Pardon, tu peux faire un truc rapide pour moi, là ? On va se gérer après ». J’en vois certain(e)s qui sourient. « Se gérer après » ? Dans le jargon ivoirien, cela signifie te payer plus tard. Ces personnes mettent en avant vos liens, qu’elles estiment être au-dessus de ton business. Dis non !

À la sollicitation, propose-leur une facture pro forma. Ton expertise coûte. Tes compétences aussi. Et, si cette personne te considère comme son amie, elle devra comprendre qu’à la fin du mois, quand viendra l’heure des charges, tu seras toute seule. Tu ne géreras pas « après » les factures, les salaires, les impôts… Tu peux faire des gestes sur le prix (ou sur l’échéancier), si tu veux. Mais, ne dévalorise pas ton travail par un tarif au rabais.

Méfie-toi de ceux/celles qui exigent le meilleur de toi, mais qui refusent d’y mettre le prix. Laisse-les partir. Crois-moi, si tu acceptes, tu t’embarqueras dans un tourbillon sans fin.

Pas de gage, pas d’ouvrage !

Ne commence jamais un travail si tu n’as pas un acompte ou un bon de commande ou une garantie (écrite) de paiement. C’est essentiel. Quel que soit le client. Les belles promesses verbales, ça ne marche pas. N’aie confiance qu’à l’accord signé entre les deux parties. Individu, entreprise, association. Ils doivent (te) payer.

Tu n’es pas le CFA. Ne te dévalue pas !

Tu auras beaucoup de sollicitations. Réponds seulement à celles qui rencontrent tes convictions et tes principes de vie. L’argent, c’est bien, mais ta réputation n’a pas de prix. Si tu la perds, tu perdras les « bons » clients. Tu te contenteras que d’opportunités de « pacotille ».

 Projette-toi dans l’avenir. Dans 10 ans. Dans 20 ans. Certain(e)s ne comprendront pas ta démarche aujourd’hui. Mais, dans quelques années, ils viendront te dire que tu as bien fait. Prend ton temps. Rien ne presse. Structure ton idée. Forme-toi, apprends auprès de ceux et celles qui sont passé(e)s avant toi. Reste digne dans les échecs et humble dans tes victoires.

Chère Mickaëlle, pardon d’avoir été long. En attendant de te parler de visu, retiens ceci : certains diront que tu es devenue méchante. Ils t’en voudront. D’autres, tes (vrai-e-s) ami(e)s et partenaires, te comprendront et t’accompagneront. Surtout, séquence bien ta vie. Celle du business et celle de l’amitié. Jamais les deux dans le même panier.

Bien à toi, et bon retour au pays.

Ton ami.

I.Y.G

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